Le test des Brooks Glycerin Max 2: maximalisme assagi

Quand la première Glycerin Max est sortie, elle avait fait l'effet d'une petite bombe dans le petit monde feutré de Brooks. La marque de Seattle, plutôt réputée pour son sérieux et sa constance que pour ses prises de risque, sortait d'un coup une semelle démesurée, une mousse inédite et une silhouette qui détonnait complètement avec le reste du catalogue. Un an plus tard, cette Glycerin Max 2 arrive avec la lourde tâche de confirmer l'essai. J'ai passé plusieurs semaines et pas mal de kilomètres avec elle, entre sorties tranquilles, longues sorties du dimanche et quelques tentatives (un peu vaines) d'aller chercher un peu de rythme dedans. Voici ce que j'en retiens.

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Chez Brooks, la hiérarchie de la gamme route neutre est assez lisible une fois qu'on l'a en tête. Tout en bas, ou plutôt tout en haut niveau accessibilité, on trouve la Ghost 18, la valeur sûre pour débuter ou avaler des footings sans se poser de questions. Vient ensuite la Ghost Max 2, qui reprend cet ADN polyvalent mais y ajoute du stack et un premier rocker pour fluidifier la foulée. La Glycerin, elle, joue une autre partition : c'est la chaussure du confort haut de gamme chez Brooks, avec sa mousse DNA Tuned moelleuse, mais elle reste une chaussure « classique » qui demande encore un peu d'implication musculaire au coureur. La Glycerin Max (j'avais testé la première version) vient justement combler ce vide entre confort premium et assistance totale : elle prend la mousse la plus généreuse de la maison, y ajoute un rocker prononcé, et vise très clairement à "faire une partie du travail à la place du coureur". C'est aujourd'hui, sans discussion possible, le modèle le plus amorti et le plus protecteur de tout le catalogue route Brooks.

Les Brooks Glycerin Max 2

À côté de cette lignée orientée confort, la marque conserve évidemment sa gamme performance, avec la Hyperion Max 2, plus tonique et taillée pour les séances rapides, et la Hyperion Elite 5 et sa plaque carbone réservée aux ambitions chronométriques. Il existe aussi une version GTS de la Glycerin Max pour les coureurs en quête de guidage, un peu à la manière de ce que propose l'Adrenaline GTS sur un stack plus modeste. Mais la Glycerin Max 2 que je teste ici reste fidèle à sa vocation neutre : de l'amorti, encore de l'amorti, et une conception censée compenser la démesure de sa semelle par un ride plus stable qu'il n'y paraît.

Caractéristiques techniques des Brooks Glycerin Max 2

Sur ma balance, la Brooks Glycerin Max 2 affiche 317 grammes en taille 42,5 chez les hommes. Ce n'est clairement pas une plume, et le chiffre confirme d'emblée qu'on a affaire à une chaussure pensée pour l'endurance et le confort plutôt que pour la vitesse. Le tarif, lui, est identique à celui de la première version : il faut compter 200 € au lancement, un positionnement premium qui place la paire tout en haut de la gamme running de la marque, au niveau des modèles les plus chers du marché du maximalisme.

La Brooks Glycerin Max 2, vue latérale

Glycerin Max 2 ci-dessus, et la Glycerin Max V1 ci-dessous

La Brooks Glycerin Max de côté

Sous le pied, Brooks conserve la mousse DNA Tuned, un EVA supercritique infusé à l'azote, sans changer sa formule ni sa dureté d'une version à l'autre (c'est ce que dit la marque). Ce qui rend cette mousse particulière, c'est sa structure en double densité : de grosses cellules d'air sont concentrées au niveau du talon pour offrir une sensation très enveloppants, tandis que des cellules plus petites et plus denses prennent le relais à l'avant-pied pour apporter plus de réactivité. Cette structure  permet à Brooks d'annoncer une seule et même mousse plutôt que plusieurs couches superposées, ce qui simplifie la fabrication* tout en gardant cette sensation de ride évolutive entre le talon et l'avant (* du coup on devrait s'attendre à un prix plus contenu).

Côté géométrie, la Glycerin Max 2 ne fait pas dans la demi-mesure : on tutoie les 45 mm de stack au talon et un peu plus de 37 mm à l'avant-pied, pour un drop contenu à 6 mm. L'ensemble est accompagne d'un GlideRoll Rocker retravaillé pour cette V2 : le talon biseauté et le bec relevé à l'avant-pied sont plus prononcés qu'auparavant, l'idée étant de faire rouler le pied du talon jusqu'à la propulsion sans qu'on ait besoin de forcer la foulée (bon, c'est quand même plus facile à dire qu'à faire).

La Brooks Glycerin Max 2, vue 3/4 arrière

La tige, pour le coup, change pas mal par rapport à la V1. Brooks abandonne le mesh de la première version pour un tissage en triple jacquard, plus épais, plus matelassé. Le laçage gagne un œillet supplémentaire permettant de mieux verrouiller le talon, tandis que l'avant-pied retrouve un peu plus d'aisance que sur la première version, que j'avais trouvée un peu délicate niveau fit. L'explication tiendrait à une conception en baquet qui viendrait centrer le pied dans la semelle, un procédé que Brooks utilise déjà sur d'autres modèles pour améliorer le maintien latéral. Enfin, la semelle extérieure mise sur un gommage en caoutchouc dense à large couverture, pensé avant tout pour la durabilité plus que pour la performance pure.

Premières sensations du chaussant, fit et impressions générales

Dès l'enfilage de la chausseu, on sent que Brooks a soigné les choses. La tige triple jacquard épouse le pied avec un matelassage généreux au niveau du cou-de-pied et du talon, sans jamais créer de point de pression désagréable. Le laçage plat fait le travail, et cet œillet supplémentaire se révèle vite indispensable pour qui veut vraiment verrouiller l'arrière-pied, un point que j'apprécie particulièrement compte tenu de la hauteur de la semelle. L'avant-pied, justement, a gagné en amplitude par rapport à ce que je me souvenais de la première version (je confirme) : les orteils respirent un peu plus, ce qui corrige un des rares reproches qu'on pouvait faire à l'origine. On garde sa pointure habituelle chez Brooks, sans surprise à prévoir de ce côté.

Preview de la Brooks Glycerin Max 2

En statique, la sensation est immédiatement très plaisante : le pied s'enfonce dans une épaisseur de mousse qu'on ne trouve que sur une poignée de modèles sur le marché, avec cette sensation propre aux chaussures très maximalistes où on a l'impression de gagner plusieurs centimètres. La conception en baquet rassure tout de suite, le pied ne semble jamais flotter sur cette plateforme pourtant très haute. Mes premières foulées confirment cette impression générale : c'est confortable, enveloppant, et étonnamment stable pour une chaussure aussi stackée.

Le test terrain des Brooks Glycerin Max 2

Le test de la Brooks Glycerin Max 2

Sur la route, la filtration des chocs est à la hauteur des promesses. Les grosses cellules de la DNA Tuned absorbent efficacement les irrégularités du bitume, et la foulée se révèle particulièrement douce sur les premiers kilomètres. Ce qui surprend un peu, c'est que cette mousse ne donne jamais cette sensation pâteuse ou trop spongieuse qu'on pourrait craindre : elle reste ferme sous l'appui, sans excès d'écrasement. Sur une sortie longue, j'ai clairement ressenti une fatigue musculaire retardée par rapport à des modèles plus classiques, exactement ce qu'on attend d'une chaussure de ce gabarit.

C'est sur les allures d'endurance fondamentale que la Glycerin Max 2 s'exprime le mieux. Le Rocker fait vraiment son travail à ces vitesses-là : le pied roule naturellement du talon vers l'avant, la transition est fluide et demande peu d'effort actif de la cheville. Dès qu'on tente d'accélérer un peu, en revanche, les limites apparaissent assez vite. Le poids de la chaussure se fait sentir (quasiment 320g, franchement...), et l'absence de toute plaque ou renfort agressif fait que la relance manque de franchise. Mais en même temps, ce n'est pas franchement une chaussure pensée pour aller chercher du tempo ou du fractionné. D'ailleurs, ça serait contre-productif de l'utiliser dans cette optique.

Le test de la Brooks Glycerin Max 2

La gomme dense qui recouvre une bonne partie de la semelle colle correctement au bitume sec, sans jamais donner de sensation d'insécurité, même sur les revêtements un peu lisses ou les passages piétons peints. J'ai eu un léger grincement au tout début, le temps que la paire se rode. Sur route mouillée, l'accroche reste correcte sans être exceptionnelle, mais on reste ici sur une chaussure pensée exclusivement pour le bitume, pas question de l'emmener sur un chemin ou un sentier détrempé.

La formule de la mousse est annoncée comme inchangée par rapport à la première version, mais sur le terrain, le ressenti est, je trouve, plus ferme. Les petites cellules à l'avant-pied apportent bien un léger regain d'énergie au moment du déroulé, sans pour autant transformer la paire en chaussure franchement rebondissante. Face à des maximalistes plus toniques du marché, la Glycerin Max 2 fait clairement le choix de la protection avant la vivacité. Le rocker masque en partie le poids réel de la chaussure : on a souvent l'impression de courir plus léger que ce que la balance indique, ce qui est plutôt une réussite pour un modèle de ce gabarit.

Usage type, distance et terrain

Le test de la Brooks Glycerin Max 2

La Brooks Glycerin Max 2 se destine clairement aux sorties d'endurance fondamentale, aux footings de récupération et aux longues sorties de préparation marathon où le confort prime sur tout le reste. Sa stabilité rassurante, portée par sa base large et sa conception en baquet, la rend également pertinente pour les coureurs plus lourds ou pour ceux qui recherchent avant tout une protection maximale des articulations sur la durée. Elle trouve aussi naturellement sa place chez les débutants qui veulent encaisser du volume (attention aux périostites du débutant qui veut trop en faire), ou en fin de longue sortie quand les jambes commencent à fatiguer. En revanche, mieux vaut la laisser au placard pour les séances de qualité, le fractionné court ou toute sortie où la vitesse prime : ce n'est tout simplement pas son terrain de jeu.

Conclusion

Au final, cette Brooks Glycerin Max 2 confirme la vocation maximaliste de la lignée sans trahir complètement l'esprit de l'originale : le confort d'accueil reste somptueux, la stabilité progresse nettement grâce à une tige mieux verrouillée et une conception en baquet efficace, et la durabilité annoncée de la semelle extérieure rassure sur la longévité de l'ensemble. J'apprécie également cet avant-pied qui a gagné en aisance par rapport à la première mouture, un détail qui change beaucoup au quotidien. À l'inverse, je regrette un contact au sol sensiblement plus ferme et moins enjoué que celui qui avait fait le charme de la V1, ainsi qu'un poids qui se rappelle vite à notre bon souvenir dès qu'on cherche à hausser le rythme. Reste une évidence : pour qui cherche avant tout une protection maximale sur les longues distances et les sorties tranquilles, cette Glycerin Max 2 demeure l'une des options les plus solides du marché, même si elle a peut-être perdu un peu de sa fougue en cours de route.

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