Le test des Brooks Ghost 18, increvables au quotidien

Il y a des chaussures qu'on attend avec la fébrilité réservée aux grandes sorties de gamme, et il y a la Ghost. Chaque année (ou presque), Brooks sort une nouvelle mouture de son modèle le plus vendu, et chaque année, une partie de la communauté running scrute la fiche technique en se demandant si la marque de Seattle va enfin modifier la formule. Ça n'arrive jamais, ou presque, et c'est bien ce qui explique que la Ghost soit devenue l'une des chaussures de running les plus populaires du marché, génération après génération (je crois que c'est la chaussure la plus vendue aux US). Avec cette 18ème édition, Brooks ne change pas de recette, mais peaufine ce qui, sur le papier, ressemblait déjà à une évidence. J'ai testé la Ghost 18 sur plusieurs sorties, voici mon avis détaillé.

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Il faut le reconnaître, la gamme running de Brooks n'est pas la plus simple à appréhender au premier coup d'œil. Sur route, on retrouve la Ghost 18 (neutre, polyvalente), l'Adrenaline GTS (la version avec du maintien pour les foulées en pronation, via son système GuideRails), la Glycerin 23 (nettement plus moelleuse et plus premium), ou encore l'Hyperion (plus légère, taillée pour les allures soutenues et la compétition). Sur cette base, Brooks décline aussi des versions "Max", à plus fort volume de mousse, comme la Ghost Max 2 ou la Glycerin Max 2 récemment testée, pensées pour les coureurs en quête d'un amorti généreux ou d'une chaussure de récupération.

La Brooks Ghost 17 vue de côté

La Brooks Ghost 17 ci-dessus, et la nouvelles Brooks Ghost 18 ci-dessous.

La Brooks Ghost 18

Dans cet ensemble, la Ghost occupe une place bien précise : c'est le point d'entrée logique, la chaussure qu'on recommande à peu près à tout le monde sans trop se tromper. Elle ne corrige pas la foulée (elle est neutre, sans les renforts de l'Adrenaline GTS), elle n'est pas la plus amortie de la maison (la Glycerin et la Ghost Max font mieux sur ce terrain), et elle ne cherche pas la performance pure comme l'Hyperion. Elle vise le juste milieu, celui qui permet d'enchaîner les kilomètres sans se poser trop de questions. C'est cette identité que la 18 doit confirmer, après une Brooks Ghost 17 qui avait déjà fait bouger les lignes en abaissant le drop historique de la lignée et en ajoutant de l'amorti à l'avant-pied.

Caractéristiques techniques

Sur la balance, cette Ghost 18 affiche 283 grammes dans ma pointure (42.5). C'est un poids tout à fait raisonnable pour une chaussure de cette catégorie, dans la moyenne haute des chaussures neutres polyvalentes, sans être la plus légère du segment. Le tarif, lui, monte à 160 euros (je crois qu'on a pris 10€), un choix que Brooks a fait considérant l'inflation généralisée sur les chaussures de running. Cela en fait toujours l'une des options les plus raisonnables pour une paire capable d'encaisser plusieurs centaines de kilomètres voire 1000 bornes.

Preview des Brooks Ghost 18

Le drop annoncé reste de 10 mm, avec un stack de 36 mm au talon et 26 mm à l'avant-pied selon les chiffres du constructeur. Dans les faits, ça reste une chaussure à drop plutôt élevé, pensée avant tout pour les attaques talon, dans la droite lignée de l'ADN historique de la Ghost. La semelle intermédiaire conserve la mousse DNA Loft v3, une mousse EVA expansée à l'azote via un procédé de moussage supercritique, la même génération de mousse que sur la Ghost 17, sans donc de saut technologique majeur cette année. Elle se situe plutôt du côté ferme du spectre pour une mousse "moderne", ce qui lui permet de proposer un ressenti stable et prévisible, quitte à perdre un peu en dynamisme face aux mousses PEBA qu'on retrouve ailleurs dans la gamme, sur la Ghost Amp ou l'Hyperion Elite 5 évidemment.

Brooks Ghost 18, vue avant

C'est surtout sur la tige que Brooks a travaillé pour cette 18ème édition. On trouve un mesh technique bicolore, plus respirant que sur la génération précédente, associé à une languette matelassée en tricot plat façon coussin, et une nouvelle semelle de propreté OrthoLite. L'ensemble vise clairement à améliorer le confort dès l'enfilage, un point sur lequel la Ghost 17 ne m'avait pas séduit. Sous le pied, la semelle extérieure en gomme RoadTack couvre une large portion de la surface de contact, avec l'ambition affichée de conjuguer accroche et longévité. Chose que l'on ne voit pas si souvent, la chaussure est aussi disponible dans plusieurs largeurs (étroite, standard, large et extra-large), ce qui est appréciable sur un modèle qui, comme souvent chez Brooks, adopte un chausson plutôt effilé à la pointe.

Premières sensations : chaussant, fit, impressions générales

Au déballage, la Ghost 18 inspire confiance. Le chaussant est fidèle à la pointure habituelle, sans besoin d'ajuster à la hausse ou à la baisse. En revanche, comme souvent avec Brooks, le volume à l'avant-pied reste sur la réserve : le bout de la chaussure se referme assez tôt en pointe, ce qui donne une sensation un peu enveloppante au démarrage pour les pieds plus larges ou hauts en volume. Rien d'inconfortable en soi, mais mieux vaut le savoir, et privilégier d'emblée une largeur « Wide » si votre pied a l'habitude de se sentir à l'étroit dans les modèles Saucony, Hoka ou Brooks en général.

Les Brooks Ghost 18

Je trouve que le confort à l'enfilage a clairement progressé par rapport à la génération précédente. La nouvelle languette matelassée épouse bien le dessus du pied sans créer de point de pression, et le maintien du talon est ferme sans jamais comprimer, ce qui limite les risques de frottement sur la durée. Le mesh, plus fin qu'auparavant, se fait oublier rapidement, et l'impression générale au premier laçage est celle d'une chaussure quasiment déjà rodée.

Le test terrain

Sur la route, l'amorti de la Ghost 18 se révèle dans un registre plutôt ferme, loin des sensations très moelleuses qu'on voit de plus en plus. L'amorti au talon est net, protecteur, sans être mou ni s'écraser. Sur les sorties longues, cette fermeté relative devient un atout : la chaussure ne se tasse pas et conserve ses propriétés d'amorti jusqu'au bout de l'effort, contrairement à certaines mousses plus généreuses qui peuvent s'affaisser lorsqu'on arrive aux 2 heures de course. C'est une chaussure sur laquelle je me suis senti à l'aise sur mon  footing d'une heure comme sur la sortie longue que j'ai faite et qui a dépassé les deux heures. Un bon point, pas de gêne particulière à signaler.

Le test des Brooks Ghost 18

La Ghost 18 fait ce qu'on lui demande, sans plus, mais sans moins non plus. Les rainures de flexion réparties sous l'avant-pied permettent une transition naturelle du talon vers les orteils, sans la sensation artificielle d'un rocker prononcé qu'on peut retrouver sur des modèles comme la Ghost Max 2. C'est une chaussure efficace sur les allures modérées à soutenues, celles du footing d'endurance fondamentale ou de la sortie longue à allure marathon, mais elle montre plus vite ses limites lorsqu'on cherche à accélérer franchement : le manque de restitution dynamique de la mousse se fait sentir dès qu'on essaie de hausser le rythme sur du fractionné ou de la VMA. Je trouve que ça tape un peu, il faut le dire.

Côté grip, la gomme RoadTack fait le travail : une accroche fiable sur bitume sec comme humide, sans surprise ni glissade déplaisante, même sous la pluie. La couverture généreuse de la semelle extérieure laisse peu de zones de mousse à nu, un gage de durabilité qui rassure sur la capacité de la chaussure à tenir la distance annoncée. Sur les quelques passages en chemin stabilisé que j'ai pu tester, l'accroche reste correcte, sans pour autant transformer la Ghost 18 en option crédible pour du terrain technique, ce qui n'est de toute façon pas sa vocation. Mais quand même, la chaussure irait très bien sur une course comme l'ecotrail par temps sec : les premières éditions de la course se faisaient avec ce genre de chaussures.

Le test des Brooks Ghost 18

Côté dynamique : c'est clairement le point sur lequel la Ghost 18 ne cherche pas à se battre. La mousse DNA Loft v3, dans la version employée ici, privilégie la stabilité et la prévisibilité au détriment du rebond. On est loin des sensations de peps que peuvent offrir des mousses plus modernes, et la chaussure ne cherchera jamais à vous propulser vers l'avant. C'est un choix cohérent avec le positionnement du modèle : rassurant plutôt qu'excitant, fiable plutôt que grisant. Pour retrouver plus de dynamisme chez Brooks tout en restant dans un esprit "footing quotidien", il faudra plutôt se tourner vers l'Hyperion pour un profil plus orienté vitesse.

Usage type, distance, terrain

La Ghost 18 trouve naturellement sa place sur les footings du quotidien, les sorties de récupération après une séance intense, et les sorties longues jusqu'au marathon pour les coureurs qui privilégient le confort à la performance chronométrique. Elle convient aussi bien aux coureurs qui reprennent une activité régulière qu'aux coureurs expérimentés en quête d'une paire sûre et pas trop chère à intégrer dans une rotation de plusieurs modèles, pour les jours où l'on ne cherche pas à se faire plaisir sur la vitesse. Son terrain de jeu reste exclusivement la route et le tapis de course, avec une tolérance correcte pour quelques kilomètres de chemin roulant si l'occasion se présente. Les allures les plus adaptées se situent entre 5 et 7 minutes au kilomètre, une plage large qui couvre l'essentiel des besoins d'un coureur loisir à intermédiaire.

Le test des Brooks Ghost 18

Conclusion

Au terme de ce test, la Brooks Ghost 18 confirme ce que je pressentais en lisant sa fiche technique : une évolution mesurée plutôt qu'une révolution, dans la droite ligne de la philosophie "tant que ça marche on continue" qui caractérise la marque depuis des années. J'apprécie particulièrement son confort constant sur la durée, sa tige qui a été retravaillée et qui gomme les défauts de la génération précédente, sa robustesse annoncée qui justifie pleinement son tarif contenu, et la sécurité qu'elle procure sur les sorties longues grâce à son amorti ferme et stable. À l'inverse, je regrette un manque de vivacité dès que l'allure grimpe, un avant-pied resserré qui pourra desservir les gros pieds malgré l'offre de largeurs différentes, et une progression finalement discrète face à la Ghost 17, qui limitera l'enthousiasme des coureurs cherchant du renouveau plutôt que de la continuité. Reste que pour ce qu'elle promet, à savoir être la chaussure qu'on met sans réfléchir la plupart des jours de l'année, la Ghost 18 demeure une valeur sûre, difficile à prendre en défaut.

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