Le test des New Balance FuelCell SC Elite V6 : plus légère, plus vive, mais pas pour tout le monde

Les New Balance FuelCell SC Elite V6 débarquent avec 190g sur la balance, 40mm de stack, une nouvelle mousse Infinion et une plaque carbone redessinée, le tout pour 280€. Sur le papier, c’est la chaussure de marathon la plus légère jamais sortie par la marque, et celle qui doit enfin lui permettre de jouer dans la cour des Alphafly, Adios Pro et autres Endorphin Pro. Après qq semaines à la chausser sur des séances rapides, du tempo et une sortie longue à allure marathon, je vais vous donner mon avis.

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Je vais être honnête, la New Balance SC Elite n'a jamais fait partie de mes chaussures de route préférées. La V4 était confortable mais un peu molle pour une chaussure de compétition, et la V5 m'avait laissé l'impression d'une bonne chaussure d'entraînement rapide plutôt que d'une vraie bête de course (mon test de la New Balance SC Elite V5). Du coup, quand j'ai vu arriver cette 6ème version avec une nouvelle mousse, une plaque retravaillée et 20g de moins sur la balance, j'étais curieux de voir si la marque avait enfin trouvé la formule pour rivaliser avec les VaporFly, Adios Pro et autres Endorphin Pro. D'autant que Alex Yee a signé son 2h06 à Valence avec la V5, ce qui prouve qu'il y avait déjà de la matière... Je l'ai donc chaussée pendant qq semaines, sur des séances rapides, un peu de tempo et une sortie longue à allure marathon, pour me faire mon propre avis. Spoiler : ya du mieux, mais ya aussi des choix qui vont diviser.

RunMag, New Balance SC Elite V6. Vue de côté

La SC Elite V6 dans la gamme New Balance

Chez New Balance, la gamme route est assez lisible depuis que la marque a regroupé ses modèles performance sous l'étiquette SuperComp (SC pour les intimes). Tout en haut, on trouve cette SC Elite, la chaussure de compétition avec plaque carbone pleine longueur, celle que portent les athlètes de la marque le jour J. Elle a remplacé l'ancienne FuelCell RC Elite V2 (230€, 198g), qui était déjà une chaussure de course bien née mais avec un stack nettement plus faible. Juste en dessous, on trouvait jusqu'ici la SC Trainer V3 (250€, 242g), la version entraînement à gros stack avec plaque, et la SC Pacer, la chaussure de 5-10km, aujourd'hui disparue.

RunMag, New Balance SC Elite V6. Les chaussures de compet

La nouveauté 2026, c'est que la SC Elite V6 arrive en tandem avec une nouvelle SC Rebel, présentée comme son pendant pour l'entraînement : mm mousse Infinion, plaque de propulsion (pas en carbone), drop de 4mm au lieu de 8mm et 218g sur la balance pour 200€ environ. La FuelCell Rebel V5 (160€, 217g), que je trouve toujours excellente pour les séances de VMA sans plaque, reste au catalogue en dessous. Et pour ceux qui veulent la même chose en trail, la SuperComp Trail V2 que j'ai testée récemment pour journaldutrail.com reprend la mm logique mousse supercritique + carbone, avec une semelle Vibram.

RunMag, New Balance SC Elite V6. Vue 3/4 avant

Autrement dit, la SC Elite V6 est bien la chaussure de compétition pure de la marque, pensée pour le semi et le marathon, et elle ne cherche pas à être polyvalente. C'est important de le dire d'entrée, parce que ça explique pas mal de choix que je détaille plus bas.

Les caractéristiques techniques des New Balance SC Elite V6

Commençons par ce qui saute aux yeux : le poids. New Balance annonce 190g en 42,5 homme (confirmé sur ma propre balance) et 155g en femme. C'est une vingtaine de grammes de moins que la V5 (qui tournait autour de 205-210g), et ça place cette V6 parmi les chaussures carbone les plus légères du marché, pas très loin d'une VaporFly. Le prix lui n'a pas bougé : 280€. On est dans la norme des super-shoes actuelles, mais ça reste une sacrée somme pour une chaussure qu'on va réserver aux courses et à qq séances clés.

La géométrie ne change pas sur le papier : 40mm de stack au talon, 32mm à l'avant-pied, donc 8mm de drop. C'est un drop assez élevé pour la catégorie (une Vaporfly est à 6mm, une Adios Pro à 6mm aussi), et il faut le savoir si vous êtes plutôt habitué aux drops bas. Dans les faits, la mousse étant très souple, le talon s'écrase pas mal à l'impact et la chaussure paraît plus basse qu'annoncé. On reste à la limite des 40mm autorisés par World Athletics, comme tout le monde.

Le gros changement est dans la semelle intermédiaire. Exit la mousse FuelCell en PEBA de la V5, place à l'Infinion, une mousse supercritique à base de TPE-E et de TPU Aliphatique (A-TPU dans le jargon de la marque, infusé à l'azote) que New Balance présente comme la plus légère de son histoire. C'est la première fois qu'elle équipe une chaussure de compétition de la marque, on la retrouve aussi sur la nouvelle SC Rebel. Dedans, une plaque carbone pleine longueur a été redessinée : elle est plus épaisse et plus rigide à l'avant que celle de la V5, elle remonte près du pied au talon et plonge au milieu de la semelle. New Balance appelle ça Energy Arc, le principe étant de créer un vide entre la plaque et la mousse pour que la plaque puisse fléchir et restituer de l'énergie. Ce vide, on le voit très bien de l'extérieur : un gros trou traversé au médio-pied, avec la plaque apparente, et des découpes sous le talon.

RunMag, New Balance SC Elite V6. Vue 3/4 arrière

La tige utilise la construction FantomFit de la marque : un mesh ultra fin, quasi transparent, thermocollé avec qq renforts plastiques sur les flancs pour le maintien latéral. La languette n'est pas attachée sur les côtés (pas de soufflet), le col est légèrement rembourré avec une découpe en V au niveau du tendon d'Achille, et le contrefort est très souple, presque inexistant. La chaussure existe en largeur standard et en 2E pour les pieds larges, ce qui est assez rare dans cette catégorie pour être noté.

RunMag, New Balance SC Elite V6. Sous la chaussure

Sous le pied, la semelle extérieure est le poste où New Balance a le plus économisé de poids. Le caoutchouc ne fait plus qu'1mm d'épaisseur environ (contre plus de 3mm sur la V5), avec une couverture large à l'avant-pied, deux patchs au talon, et de la mousse nue au médio-pied. Le dessin est lisse, sans les petits picots de la version précédente. On comprend tout de suite que la durabilité n'a pas été la priorité du cahier des charges...

RunMag, New Balance SC Elite V6. Preview, vue avant face interne

Le test terrain

Dès l'enfilage, on sent qu'on a affaire à une chaussure de course. Le mesh est tellement fin qu'on voit ses chaussettes à travers, et le pied se retrouve tout de suite calé dans un chausson ajusté, un peu plus généreux à l'avant que sur la V5 (les orteils ont de la place en longueur et en hauteur) mais clairement étroit au médio-pied et au talon. Je chausse ma pointure habituelle chez New Balance et c'est juste bien, sans besoin de prendre une demi-pointure. Par contre, premier pb : la languette. Comme elle n'est pas attachée sur les côtés, elle a tendance à se plier en deux au moment d'enfiler la chaussure, et il faut la remettre d'aplomb avant de serrer. C'est un détail, mais sur une chaussure à 280€, je trouve ça un peu dommage. Une fois les lacets serrés (lacets plats, qui tiennent bien), le maintien est là, et contrairement à la V5 je n'ai eu aucun glissement du talon malgré le contrefort quasi absent. Le col rembourré fait bien son boulot.

RunMag, New Balance SC Elite V6. Test terrain, zoom sur les chaussures

Le confort de course est l'une des bonnes surprises de cette V6. La mousse Infinion est nettement plus souple que le FuelCell de la V5, surtout au talon, et on sent un vrai rebond à chaque pose du pied. Sur une sortie d'1h15 à allure tranquille (ce qui n'est pas vraiment l'usage prévu, j'en conviens), je n'ai eu aucune gêne, ni point chaud ni fatigue inhabituelle. L'amorti filtre bien le bitume, même si la fermeté de la plaque à l'avant-pied se fait sentir quand on ralentit : la chaussure n'est pas faite pour trottiner et elle le rappelle un peu, avec cette sensation de bascule vers l'avant qui devient presque gênante en dessous de 5min/km. Elle est aussi très aérée, presque trop par temps frais, mais pour un marathon d'automne ou de printemps c'est un atout.

RunMag, New Balance SC Elite V6. Test terrain, vue 3/4 face externe

C'est à allure semi et marathon que la SC Elite V6 montre ce qu'elle sait faire. La transition est fluide, le déroulé est naturel, sans ce rocker très marqué qu'on trouve chez Hoka ou sur l'Alphafly. On trouve facilement l'avant de la chaussure, la plaque fait son travail de levier et la cadence monte toute seule. Sur mon bloc de 12km à allure marathon, j'ai trouvé la chaussure efficace et économe, avec des jambes plus fraîches que d'habitude dans les derniers kilomètres. En revanche, je la trouve un peu moins explosive sur les séances courtes. Sur du 400m ou du 1000m, le talon mou et la plateforme étroite donnent une impression de retour d'énergie un peu diffus, moins direct qu'une Vaporfly ou une Adios Pro. Ce n'est pas une chaussure de 5km selon moi, mm si elle peut le faire.

RunMag, New Balance SC Elite V6. Test terrain, vue de devant

L'accroche, j'avoue que j'étais sceptique en voyant l'épaisseur du caoutchouc. Sur bitume sec, aucun souci, la gomme est très adhérente. Sous la pluie, j'ai été agréablement surpris : ça tient sur le goudron mouillé et sur les passages piétons, qui sont souvent le piège des chaussures de route. Là où ça se gâte, c'est dès qu'on quitte la route. Le trou au médio-pied ramasse les graviers (j'ai dû en déloger trois ou quatre après un passage sur un chemin de halage), et la plateforme étroite à l'arrière n'aime pas du tout les surfaces irrégulières. On reste sur l'asphalte, point.

RunMag, New Balance SC Elite V6. Test terrain, vue 3 quarts avant différente

Côté sensations dynamiques, on est sur une chaussure vive et plutôt à plat, qui laisse pas mal de sensations de sol pour un stack de 40mm. Le rebond est présent mais contrôlé, moins bondissant qu'une Endorphin Pro, plus proche d'une Vaporfly dans l'esprit. La stabilité mérite un mot : à allure de course, pour un coureur neutre qui attaque médio ou avant-pied, c'est propre, l'avant-pied élargi fait bien le job. Mais pour un attaquant talon, ou à allure lente quand on se pose davantage sur l'arrière, le talon étroit et la mousse molle donnent une impression de flottement latéral que je n'avais pas sur la V5. New Balance a retiré les parois de mousse qui remontaient sur les côtés, et ça se sent. Si vous avez le pied qui part en pronation en fin de marathon, faut voir, c'est le point qui m'inquiète le plus. Autre bemol, après une soixantaine de kilomètres, le caoutchouc commence déjà à marquer sur l'extérieur de l'avant-pied. J'imagine qu'on peut compter sur 300 à 400km de durée de vie, pas plus, ce qui est faible mm pour une chaussure de compétition.

RunMag, New Balance SC Elite V6. Test terrain, vue de profil

Pour l'usage type, les choses sont assez claires. La SC Elite V6 est une chaussure de semi-marathon et de marathon sur route, pour un coureur qui court entre 3min30 et 4min45 au kilomètre et qui a une foulee plutôt médio ou avant-pied. Elle fera aussi bien son travail sur un 10km, mais ce n'est pas là qu'elle est la plus à son avantage. Pour les séances de VMA courte, je préfère garder une Rebel V5 ou une chaussure plus basse. Et pour les sorties longues faciles, inutile d'user une semelle à 1mm pour ça, la SC Rebel ou la SC Trainer sont là pour ça.

Les alternatives chez la concurrence

RunMag, New Balance SC Elite V6. Preview, vue devant face externe

À 280€, la SC Elite V6 se retrouve face à des références qui ont qq années d'avance en termes de notoriété. L'Adidas Adizero Adios Pro 4 (250€, 195g) reste pour moi la chaussure de marathon la plus complète du moment : mm poids ou presque, un rocker plus marqué avec ses tiges en carbone, une mousse Lightstrike Pro plus bondissante et surtout une semelle Continental qui tiendra deux fois plus longtemps. Elle est aussi 30€ moins chère, ce qui ne gâche rien. La Saucony Endorphin Pro 4 (250€, 215g) est plus lourde mais plus stable et plus tolérante, avec un amorti plus généreux : si la stabilité au talon de la New Balance vous inquiète, c'est vers elle que je regarderais. À l'opposé, la Nike Alphafly Next% 2 (300€, 210g) joue dans une autre catégorie de sensations, avec ses coussins d'air et un stack qui donne une impression de hauteur bien plus marquée ; c'est plus mécanique, moins naturel, mais plus protégé sur 42km. Enfin la Hoka Rocket X 3 (250€, 206g) reste une option intéressante pour ceux qui aiment le rocker Hoka et une plateforme plus large sous le pied, au prix d'une dynamique un peu moins vive. Dans ce panel, la SC Elite V6 se distingue par son poids, sa respirabilité et un déroulé plus plat et plus naturel que les autres. Elle est en revanche la moins durable du lot et celle qui demande le pied le plus sûr.

Ce que j'aime et ce que j'aime moins

Au final, New Balance a enfin une vraie chaussure de compétition à opposer aux ténors du marché, et cette SC Elite V6 corrige l'essentiel de ce qui me frustrait sur la V5 : elle est nettement plus légère, plus vive, avec une mousse Infinion qui apporte du rebond et un chaussant à l'avant plus accueillant, le tout dans une tige aérée qui ne bouge pas une fois lacée. J'apprécie son efficacité à allure marathon, ce déroulé sans artifice qui laisse le coureur faire sa foulee, et une adhérence meilleure que ce que l'épaisseur de la semelle laisse craindre. En revanche, je suis pas fan du talon étroit et mou qui manque de tenue quand la fatigue arrive, la languette libre est agaçante à l'enfilage, et surtout cette semelle d'1mm va rendre l'âme bien trop vite pour une paire à 280€, un tarif en hausse que je trouve difficile à justifier face à une Adios Pro 4 plus endurante et moins onéreuse. Une bonne chaussure de marathon pour un coureur neutre au pied sûr, donc, mais pas la paire que je conseillerais les yeux fermés à tout le monde.

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