On ne va pas se mentir, le segment des "super trainers" est devenu une véritable arène. Entre l'ASICS Superblast ou l'Adidas Adizero Prime X, la concurrence est rude. Pour ON, l'enjeu était clair : prouver que leur technologie CloudTec, souvent critiquée pour sa fermeté, pouvait devenir onctueuse et explosive grâce au PEBA. J'ai passé cette Cloudmonster 3 Hyper au crible, de la chimie de ses mousses à son comportement sur le bitume. Verdict.

Positionnement des ON Cloudmonster 3 Hyper
Avec cette troisième génération, ON clarifie les choses. La Cloudmonster 3 Hyper devient la patronne de la famille Monster. Exit l'image lifestyle, on est ici sur de la performance pure. Un point de nomenclature m'a interpellé : la marque a sauté l'appellation "2" pour passer directement de la première Hyper à la version 3, afin de s'harmoniser avec la Cloudmonster 3 classique. Dans la hiérarchie, elle se place au-dessus d'une Cloudsurfer (plus souple) et évidemment sous la Cloudboom Strike (le modèle de course à plaque carbone).

C'est une chaussure née du feedback des athlètes de l'OAC (On Athletic Club). Ils voulaient un modèle capable d'encaisser 30 bornes tout en permettant des transitions rapides sur des blocs d'allure marathon, sans la rigidité extrême d'une plaque carbone qui peut fatiguer les tendons à l'entraînement. Elle vise clairement le coureur qui prépare du long (semi, marathon, triathlon) et qui veut également une chaussure plutôt typée élite pour les séances de volume.

Fiche technique de la ON Cloudmonster 3 Hyper
On est loin de la chaussure d'entraînement basique. Voici ce qu'elle a dans le ventre :
- Poids : Je les ai pesées à 261g (en 42.5). C'est peu vu le volume de mousse.
- Stack : 45 mm au talon / 39 mm à l'avant-pied (Drop de 6 mm). On est au dessus des standards officiels, sachez que de ce fait elle n'est pas autorisée sur les marathons officiels.
- Mousse Helion HF (Hyper Foam) : C’est le cœur du réacteur. Un PEBA (polyéther bloc amide) qui remise l'EVA au placard.
- Construction bi-densité : La couche supérieure est 100% en Helion HF. Elle repose sur un châssis en Helion classique plus ferme qui intègre les plots CloudTec.
- Tige : Mesh tissé en polyester recyclé (85%) avec des lacets plats.
- Pas de plaque : C’est un choix délibéré (Speedboard-less) pour laisser le pied travailler naturellement et favoriser la récupération. Sachez aussi que sur des semelles aussi épaisses et quand même relativement ferme, la plaque n'est pas nécessaire
- Prix : 230 €. On est clairement sur du segment premium.

Premières sensations : un fit enfin précis
Dès l'enfilage, je trouve que le chaussant est plutôt précis. Je n'ai pas eu l'occasion de tester les premières Hyper, je ne peux pas donc les comparer. Ici, le chaussant verrouille bien le médio-pied sans trop serrer les orteils à l'avant. Je trouve qu'elle se destine quand même à ceux qui ont le pied fin. Bon, disons que c'est sécurisant.

À l'arrêt, la plateforme est stable. Malgré les 45 mm de stack, je n'ai pas ressenti cette instabilité latérale typique des mousses trop molles. Le contact est ce que j'appellerais du "moelleux-ferme" : l'accueil est doux grâce au PEBA, mais le socle en CloudTec assure un soutien rigoureux. La languette, bien que fine, protège parfaitement le cou-de-pied.
Le test terrain : performances et comportement dynamique

Sur le bitume, la chaussure est très protectrice, mais pas tant que je l'aurais imaginé de prime abord. La semelle intermédiaire est très épaisse, mais je trouve que la sensation d'amorti n'est pas aussi présente qu'on pourrait le penser. Je teste en parallèle les Kiprun Kipride Max, il n'y a pas photo, la ON reste assez ferme. C'est probablement une sorte d'ADN dont la marque Suisse a du mal à se défaire. Il a aussi fallu que j'attende 3 sorties pour que les sensations de fourmillement disparaissent. Cela m'arrive de temps en temps lorsque les chaussures sont neuves (disons 1 fois sur 4), ce qui confirme le fit assez marqué.

Sur le plan dynamique, les sensations sont excellentes. J'ai même été surpris par la fluidité du déroulé. Le rocker permet une transition talon-orteils très naturelle, et la relative fermeté (très relative) augmente cette sensation. Sur le plat, la chaussure crée une inertie positive qui aide à rester calé sur son allure sans forcer. Je trouve aussi qu'on ne s'enlise pas trop dans la mousse, contrairement à ce qu'on peut ressentir parfois avec les chaussures très stackées. Je pense d'ailleurs qu'il faut que ces chaussures épaisses soient assez courbée (rocker) pour qu'elles fonctionnent bien.
Je n'ai rien à redire sur ke grip et le contact au sol. Le mélange de caoutchouc fait le job, même sur route mouillée (les routes sont un peu mouillée ces temps-ci par chez moi, la neige fond et déteint sur la route). Autre point qui m'a souvent ennervé chez ON, le système de cloud avait tendance à faire "scouitch scouitch" à la moindre humidité : je ne l'ai pas constaté cette fois-ci.

Dernier point, la semelle extérieure est plutôt structurée, avec des zones où le caoutchouc est évidé. Je ne les ai pase testées en sentier, mais je pense qu'elles peuvent faire l'affaire sur les chemins stabilisés, voire sur certaines courses natures à conditions que le sol soit sec.
Usage type
La chaussure conviendra bien pour :
- Les coureurs plutôt expérimentés / rapides
- Les sorties longues (20-35 km) : pour le confort.
- Le tempo / seuil : Parfaite pour les allures marathon/semi.
- La récupération : Pour sa douceur et sa stabilité.
J'ai aimé :
- Le combo amorti assez ferme/ nervosité.
- La fluidité du rocker.
- J'en n'ai pas parlé : le style comme souvent chez ON
- La fin des couitch couitch ?
J'ai moins aimé :
- L'investissement financier (230 €, ça pique pour une chaussure d'entraînement).
- Le fit un peu trop marqué qui gênera les pieds forts.
- La rudesse initiale : elle demande quelques sorties pour se libérer.

Conclusion
Déclaration d'intention sur le segment concurrentiel des "super trainers", la Cloudmonster 3 Hyper s'affranchit de la plaque carbone au profit d'un stack massif de 45 mm (hors normes World Athletics) dopé au PEBA (Helion HF), la chaussure réussit le pari d'un amorti "moelleux-ferme" qui protège sans trop enliser le pied. Sur le bitume, le rocker fait des merveilles : on ressent une inertie positive fluide qui facilite le maintien de l'allure sur les sorties longues, même si l'ADN de la marque conserve une certaine rigueur initiale qui nécessite quelques sorties de rodage. C'est une chaussure de caractère, exigeante par son prix (230 €, peut-être trop cher) et son fit assez précis qui plaira aux pieds fins, qui conviendra pour les blocs à allure marathon avec une bonne stabilité.







